Lors de l’audience du 26 mars, Gérard Depardieu s’est retrouvé en difficulté face à une question pourtant élémentaire. Définir ce qu’est une agression sexuelle. Incapable de formuler une réponse précise, il a fini par admettre son embarras. Puis, il a ajouté qu’une « main aux fesses » ne devrait pas, selon lui, être considérée comme telle. Une remarque qui a aussitôt provoqué l’indignation de l’avocate des parties civiles, Me Claude Vincent, et alimenté les tensions déjà vives dans la salle. Ce procès fait suite aux accusations d’Amélie et Sarah, deux professionnelles du cinéma. En effet, celles-ci affirment avoir été victimes d’agressions sexuelles en 2021 sur le tournage du film Les Volets verts.
Le témoignage poignant de Sarah, entendu lors de cette audience prolongée, a été contesté avec véhémence par l’acteur. L’atmosphère s’est encore alourdie lorsque Me Vincent a évoqué la mise en examen de Depardieu dans une autre affaire. Cette fois-ci liée à la plainte de l’actrice Charlotte Arnould. La réaction explosive de l’avocat de la défense, Me Assous, accusant Arnould de calomnies, a déclenché une vive agitation dans le tribunal. Allant mêle jusqu’à nécessiter l’intervention des forces de l’ordre.
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Depardieu face à la justice : le parquet réclame une condamnation symbolique mais ferme
Au quatrième jour d’un procès sous tension, le ministère public a requis, ce jeudi 27 mars, dix-huit mois de prison avec sursis probatoire contre Gérard Depardieu. Le parquet demande également une amende de 20 000 euros, une obligation de soins, une inscription au fichier des délinquants sexuels et deux ans d’inéligibilité. En prenant la parole, le procureur Laurent Guy a souligné l’écart social et symbolique entre l’accusé, « monument du cinéma français », et les deux plaignantes, présentées comme « des femmes en situation d’infériorité sociale ».
Gérard Depardieu, dans ses derniers mots avant de quitter la salle, a dénoncé des années d’acharnement : « Ça fait trois ans qu’on me traîne dans la boue avec des mensonges, des calomnies qui rongent mon sang et mon désir de communication avec les êtres de tous âges. » Le jugement est attendu le 13 mai.
Une défense offensive, des accusations virulentes et un procès sous haute tension
Face aux réquisitions, la défense a choisi l’attaque. Me Jérémie Assous, avocat de Depardieu, a longuement plaidé la relaxe. Ainsi, il a dénoncé un « harcèlement » et un dossier monté de toutes pièces. « Je veux que dans ce dossier le cauchemar, l’enfer dans lequel Gérard Depardieu a été jeté se termine », a-t-il lancé. Ton frontal et propos choc ont ponctué sa plaidoirie : « Votre trauma, quand bien même l’agression aurait bien eu lieu, il est relatif ! C’est pas Guy Georges ! » Allant jusqu’à qualifier les deux plaignantes d’« affabulatrices » liées à une « organisation de féministes enragées », il a fustigé ce qu’il considère comme une opération médiatique orchestrée.
Ces attaques ont provoqué une vive réaction des avocates des parties civiles, dénonçant une stratégie sexiste et dénigrante. « On a assisté à l’apologie du sexisme », a affirmé l’une d’elles, tandis que Me Claude Vincent décrivait avec force les mots lancés sur le plateau : « “Salope”, “connasse”, “emmerdeuse”, “te faire jouir”, “moi je suis un vrai mec, j’ai le droit” », avant de conclure : « Tous ces mots (…), c’est ça Gérard Depardieu sur un plateau, c’est ça l’ambiance qu’il impose. » Un procès qui, au-delà du cas Depardieu, interroge frontalement la manière dont sont encore traitées les violences sexuelles dans l’espace public.